Catégorie : Livres

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La Destinée manifeste

sous-titré : Un documentaire fiction sur la perruche à collier à l’assaut de l’Europe
éditions IMHO, 128 pages, octobre 2022
, livre sur le site de l’éditeur : ->>>

Cinquante perruches à collier s’échappent d’un container à l’aéroport d’Orly en mai 1974. Ces cinquante oiseaux découvrent dans leur fuite inespérée un nouveau biotope dont elles ne savent rien. Aujourd’hui elles sont environ 8 000 à occuper l’île de France. À la même période, le même phénomène dû aux mêmes causes se produit à Londres, à Amsterdam, à Madrid et dans un bon nombre de grandes villes européennes. Les perruches à collier dominent aisément les autres espèces (leur taille de 40 cm, leurs cris et leur actions collectives) dont elles occupent le territoire en les chassant ou en les tolérant s’ils ne retardent pas la mission principale des perruches collier : la colonisation de l’Europe.

À paraître le 6 octobre 2022.

Livres

Réel

éditions JOU, 160 pages, mai 2022 -> lien vers l’éditeur

Shanghaï, la veille de Noël, dans un futur proche. Sur les huit niveaux du plus grand centre commercial de la ville, au milieu d’une masse compacte de consommateurs frénétiques, une vingtaine de personnages se croise, échange, entre en interaction. Embryon de rencontres, de communication, de conversations avortées, ces personnes vont faire, durant une dizaine d’heures, une expérience inédite, qui plongera le lecteur dans un monde anxiogène et dystopique. Roman choral, Réel met en scène une humanité en perdition, enlisée dans le nihilisme techno-marchand, guettée par la menace de sa propre destruction.

Extrait

Ma main recouverte par d’autres mains.
Un soulagement.
Mon barda au sol.
Mon Mossberg Maverick aussi.
De l’eau ruisselle partout autour de nous.
Et résonne.
Zen.
Les sourires en disent long sur la période traversée.
Pas de parole.
Pas de langue.
Une lassitude finale sans précédent.
Sans objectif.
On n’arrive pas à se parler.
Pas encore.
Ou alors ça ne sert plus à rien.
Trop crié depuis quarante-huit heures pour être incommodé par le silence.
J’ai mal putain et de sourire et de ne rien dire ça me fait du bien.
Nous allons, semble-t-il, tout le monde se rassemble, converger vers un passage dissimulé derrière un immense bloc de granit, presque carré, quelques émojis gravés sur la roche à hauteur d’enfant. Mes camarades, comme moi, intrigués, entourés, convoyés vers ce passage suivi de couloirs aménagés dans la roche, confortables pour la marche, éclairés par des torches en feu, décorés de tricot-graffiti, nous remontons vers la surface, nous nous élevons de nouveau vers une nouvelle surprise. Depuis combien de temps sont-ils réfugiés ici ? Quelques mois ? Années ? Ils sont étrangement calmes, une petite fille me sourit, un autre enfant m’ignore, son teint pâle, sortent-ils souvent ? Après une dizaine de minutes de marche silencieuse et énigmatique nous atteignons une nouvelle grotte transpercée en deux endroits par des faisceaux lumineux provenant de la surface. C’est immense.
On se tient la main.
Un enfant,
une femme,
un homme sans âge,
un vieillard,
un camarade.
On n’a plus d’âge.
Plus de repères.
Plus de sexe.
Plus de désir.
Plus de Karman.
Plus de volonté.
On se laisse aller, conduire.
On a peut-être confiance.
On a peut-être tort
On est bien putain.


Livres

Agora zéro

Co-écrit avec Frédéric Moulin, éditions JOU, 96 pages, 2019.
->>>> livre sur le site des éditions JOU


Agora zéro est une plongée au cœur de la « nouvelle civilisation » rêvée par les libertariens de la Silicon Valley, mais aussi une histoire de fantômes : ceux de l’ancienne Athènes et du procès truqué des stratèges des Arginuses.

Extrait

Où sont-ils ? se demande toujours Alex en enfilant une chemise cintrée en coton de couleur sombre, presque neuve, repassée, prévue pour ce rendez-vous qui devrait propulser Alex vers une nouvelle civilisation de liberté éternelle comme aime à le répéter Eon. Après avoir enfilé un jean et lacé ses chaussures Alex s’évalue rapidement devant la glace, excité par son rendez-vous, perturbé par le visage du peuple qui demande des comptes — le décret de Cannonos est extrêmement sévère, celui qui aura lésé le peuple d’Athènes devra comparaître chargé de fers pour se défendre devant l’assemblée et, s’il est reconnu coupable, il sera puni de mort. Cette foule terrible, haineuse, Danielle ne la voyait pas, ne voulait pas la voir. Partie avant la signature du pacte, brisant leur duo symbiotique, incapable de comprendre pourquoi Alex allait travailler pour Eon. Brillante juriste, work-addict, une silhouette de libellule, les cheveux lisses et blonds, Danielle, un nom de l’Ancien Monde pour un pur produit du Nouveau. Tout pour réussir, mais afin d’intégrer le Re-nouveau-Monde prôné par UToPIE il ne suffira plus d’être une aristocratique Fille de la Liberté, il faudra se montrer capable de voir les choses en face. De même qu’elle préférait oublier que les Athéniens comme les Pères fondateurs de la démocratie américaine possédaient des esclaves, Danielle s’imaginait les « vrais gens » d’aujourd’hui semblables en tous points à ces pauvres méritants et autres cols bleus recyclés par le capitalisme vert, dont les sourires rayonnaient de gratitude dans les belles vidéos produites par Eon afin d’illustrer les visées humanistes de son entreprise.

Making-Off de Agora Zéro sur le site D-Fiction

Livres

Terreur, saison 1

éditions Les Presses du Réel / Al Dante, 96 pages, 2018. Livre sur le site de l’éditeur ->>>

éditions Les Presses du Réel, collection Al Dante, mars 2018.

Terreur saison 1 est un thriller ou des individus et des décideurs Européens, de Hénin-Beaumont à Marbella et de Linas-Monthléry à Treblinka, vont être soumis à de nouveaux modes de vie, et pour certains aux méthodes peu conventionnelles de l’entreprise LIFE, entreprise qui va en quelques années révolutionner le marché de la dépression mentale avec des molécules de nouvelle génération.

Roman d’Éric Arlix épousant la forme du thriller, Terreur, Saison 1 est une œuvre dystopique dépeignant une révolution des modes de vie en Europe engendrée par la commercialisation de molécules de nouvelle génération pour lutter contre la dépression.

Extrait

Des individus se levèrent de leur canapé Ora-ïto série spéciale Conforama à 534 euros, de leur clic-clac Hagalund de chez Ikea à 399 euros, de leur canapé Swan d’Arne Jacobsen à 9 934 euros et lâchèrent au sol ce qu’ils tenaient en main. Ils sortirent rapidement de chez eux pour crever les pneus de leurs voitures, des voitures de leurs voisins, d’autres voitures un peu au hasard, et partirent en chantant sans vraiment savoir où se rendre, sans objectif. Ils n’étaient que quelques centaines en Europe ce jour-là, de Braunau à Dovia di Predappio et de Francfort à Castres, ils n’étaient pas remarquables, certains passèrent néanmoins dans les rubriques « Faits divers » des médias, sans plus d’explications, le pétage de plombs n’étant pas en soi un sujet sur lequel beaucoup de forces intellectuelles avaient jamais été mobilisées. Des individus descendirent de leur Citroën C1, de leur Volkswagen Golf, de leur Porsche 911 Carrera 4 et se mirent à tabasser des gens avec leurs tout petits poings fragiles et jamais habitués à tuméfier, pilonner la chair d’un inconnu. Ils furent maîtrisés, incarcérés, sans plus d’explications, sans forces intellectuelles mobilisées. Quelques jours plus tard, des individus par centaines manquèrent leur train du soir, ne rentrèrent pas chez eux, furent recherchés, certains retrouvés, incarcérés sans plus d’explications, tuméfiés par la vie, par ce qu’ils ont vécu. Dans les jours qui suivirent de jeunes individus achetèrent en masse de fausses identités sur le net, vautrés dans des canapés en chantant et sans objectif. Des individus empathiques jusqu’au bout de la nuit devinrent ces jours-là subitement infâmes, insultants et totalement arrivistes, ils rigolaient à tue-tête, sans plus d’explication, certains passèrent dans les rubriques « Faits divers » des médias sans forces intellectuelles. Des individus célibataires totalement isolés en rase campagne se levèrent au milieu de la nuit pour se rassembler sur des places de petits villages voisins et entamèrent des discussions, avec objectifs et visées, ils ne rentrèrent pas chez eux, le phénomène intéressait les médias, il fallait se mobiliser, se lever du canapé, du net, prendre sa voiture et filer, pour couvrir un sujet sur lequel le pétage de plombs n’était pas en soi une explication satisfaisante. Des individus, dans toute l’Europe de La Haye à Vilnius et de Sarajevo à Saint-Malo, se mirent en pause, quelques minutes, quelques heures, souvent sur des canapés, sans vraiment savoir s’ils devaient s’inquiéter ou pas de cet état, de cette petite agonie éphémère, leurs entourages paniquèrent, en pleine nuit, sans vraiment savoir s’ils feraient la Une des « Faits divers ». Des individus jusqu’à ce jour pas remarquables, pas arrivistes, se levèrent de leurs canapés, lâchant boissons, chips et chaînes d’information continue pour partir en chantant en rase campagne où ils croisèrent des journalistes mobilisés, leurs Citroën C1, leurs Volkswagen Golf et leurs Porsche 911 Carrera 4 recouvertes de boue. Des individus et quelques décideurs entamèrent des conversations au milieu de petits villages isolés, tuméfiés par la vie moderne, sans plus d’explications et jusqu’au bout de la nuit, ils rentrèrent ensuite chez eux, sans crever de pneus, sans chanter à tue-tête. Ils étaient vraiment bien, là. Des individus, quelques jours plus tard, tentèrent de mobiliser les médias sur des faits divers, à peine remarquables, il était question de fausses identités, de pneus crevés, de disparitions temporaires et inexplicables de personnes s’étant subitement levées de leur canapé Ora-ïto série spéciale Conforama à 534 euros, de leur clic-clac Hagalund de chez Ikea à 399 euros, de leur canapé Swan d’Arne Jacobsen à 9 934 euros. Des individus commencèrent à remarquer que certains faits divers ne pouvaient être en soi de simples pétages de plombs et tentèrent de mobiliser d’autres individus, vautrés dans leurs canapés, en les alertant sur des phénomènes, des attitudes et des vies modernes tuméfiées, mais sans succès. La vie moderne tuméfiée des individus n’étant pas en soi un sujet sur lequel beaucoup de forces intellectuelles avaient jamais été mobilisées. Dans toute l’Europe des individus se levèrent de leur canapé, de leur Porsche 911 Carrera 4, de leur maison en rase campagne et commencèrent à ne plus avoir envie de leur petite agonie éphémère et tuméfiée, ils repoussèrent également toute envie de s’inquiéter, de stresser, de prendre des antidépresseurs et de se projeter dans des occupations ne nécessitant aucune force intellectuelle. Vraiment très peu de temps après, et ce, partout en Europe, des décideurs lâchèrent leur iPad Air, leur stylo plume Meisterstück LeGrand de Montblanc, leur discours managérial de motivation en cours et se rendirent dans le parc le plus proche pour profiter de l’air frais, de quelques rayons de soleil et entamer une pause non programmée. La tête tuméfiée par des décisions auxquelles ils ne croyaient plus, la tête bourrée d’antidépresseurs, ces décideurs restèrent plusieurs jours dans leurs parcs ce qui généra faits divers, inquiétudes des familles et attira de nombreux journalistes. D’autres décideurs optèrent quant à eux pour d’autres formules, motivés, ils commencèrent à ne plus avoir envie de leur petite agonie éphémère et tuméfiée par une vie moderne sans forces intellectuelles et sans plus d’explications. Des individus, déjà dans des parcs, aperçurent des décideurs en plein pétage de plombs, comme tuméfiés par la vie, et tentèrent d’entamer avec eux des discussions, avec objectifs et visées. Des individus, habitués des parcs, commencèrent à alerter les médias sur ces individus en plein pétage de plombs, seuls ou en groupes, certains rigolaient même à tue-tête vautrés sur des bancs publics. Ils ne voulaient pas rentrer chez eux, ils voulaient profiter de l’air frais, de quelques rayons de soleil et entamer une pause non programmée, le phénomène intéressait les médias, il fallait se mobiliser. Sur les chaînes d’information continue se multiplièrent les reportages sur des faits divers où l’on apprenait que de plus en plus d’individus généraient de nombreux faits divers. Des journalistes se levèrent de leurs bureaux Tanna de chez Habitat à 650 euros, de leurs bureaux Titan de chez Conforama à 79,20 euros, de leurs bureaux USM Haller de chez Über-Modern à 2 500 euros et lâchèrent au sol mugs personnalisés, cigarettes électroniques et tablettes numériques. Ils sortirent rapidement de leur société pour se rendre au parking et crever les pneus de leurs voitures pour ne plus partir en reportage couvrir des faits divers sans explications, des pétages de plombs pas si remarquables, des sujets sur lesquels beaucoup de forces intellectuelles n’avaient pas à être mobilisées. Commença alors une plus longue période sans faits divers concernant des individus ou des décideurs qui auraient pété les plombs, rigolé à tue-tête, entamé des pauses non programmées, seuls ou en groupes, et ce dans toute l’Europe de Bratislava à Namur et de Hénin-Beaumont à Marbella.

Livres

Golden Hello

éditions JOU, 128 pages, 2017. ->>>> livre sur le site des éditions JOU

Golden Hello est un ensemble de 14 textes indépendants formant
un roman dont le personnage principal est l’époque :
Un enlèvement
Une vidéo
Un quartier
Une convention
Un cocktail
Un poste à pourvoir
Une balade
Une traversée
Une supérette
Un plat
Une rencontre
Un hastag
Un projet
Une situation

Extrait

Une vidéo
C’est une vidéo, une fillette déballe des confiseries contenant de petits jouets, son père filme et anime, c’est l’exploitant. C’est une vidéo faisant partie d’une série de vidéos, c’est un rendez-vous presque quotidien où dès les premières secondes un concentré de frivolités vous saute au visage. C’est du contenu. C’est une vidéo où des marques influencent des parents qui influencent leurs enfants pour faire des vidéos qui influencent des enfants qui influencent leurs parents pour acheter des confiseries contenant de petits jouets. C’est un cercle carré. C’est une vidéo et dès les premiers instants le poids des mots, le choc des sourires immodérés de la fillette et le flashy dominant des couleurs vous propulsent au cœur de l’époque. Des flux de sourires immodérés. C’est une vidéo où il n’est point nécessaire de faire la part de la raison analytique et celle des affects, pas besoin. C’est une vidéo qui est la fin de l’histoire, réduite à l’idée de surprise, surprise elle-même détournée de son effet, sans surprise autre que celles attendues, pas surprenantes. C’est une vidéo qui montre du chocolat sans chocolat et des surprises pas surprenantes mais avec une fillette qui se régale immodérément (du chocolat, de la surprise), soutenue par un père aux propos immodérés (sur le chocolat, sur la surprise). C’est une vidéo avec des émotions de but en blanc et des rires immodérés, en décalage avec l’action, des applause intérieurs constants, déréglés, désynchronisés. APPLAUSE. C’est une vidéo où une fillette doit être sauvée, embarquée malgré elle dans la fin de l’histoire, son père et ses propos immodérés la maintenant dans ce cercle carré, elle ne le sait pas, couchée sur un lit de roses, ses rires immodérés sont peut-être des appels à l’aide codés qu’elle s’évertue à lancer chaque jour sans résultat. C’est du contenu codé. C’est une vidéo qui dure une dizaine de minutes, on ne voit pas le temps passer, le père manie la caméra vidéo, il n’a pas de notion cinématographique, photographique, artistique, son style est instinctif, porté par des contraintes marketing. C’est une vidéo, bien sûr, dont l’essence est l’entrisme subversif des marques dans le cerveau de fillettes et de garçonnets aux rires immodérés, c’est la fin de l’histoire. C’est l’entrisme final. C’est une vidéo où le père répète sans cesse le prénom de la fillette, personnage principal, il s’attarde de manière particulière sur la troisième syllabe du prénom de sa fille, suffisamment pour lui octroyer un peu de magie, l’introniser elle aussi au royaume des stars de la fin de l’histoire immodérée. C’est une vidéo sans montage, sans trucage, sans effets, au scénario calé quelques instants avant le tournage, entre deux bols de céréales surchocolatées provenant d’une boîte contenant des surprises, pas surprenantes puisque figurant sur le paquet. Ouvre vite. C’est une vidéo où l’on voit une fillette au début de sa folle destinée de star ou à la fin de sa carrière de star, on ne sait pas encore. Destinée. C’est une vidéo cool, sympa, tranquille, énorme, lol, tip-top. C’est une vidéo, c’est un cycle ininterrompu de rires, la cellule souche de la pulsion d’achat isolée et cultivée à l’infini. C’est immodéré. C’est une vidéo que l’on peut relancer plusieurs fois de suite, sans véritable contenu on ne peut être déçu lors des visionnages suivants, un sourire de plus à découvrir, un mot qui nous avait échappé, étouffé entre deux rires. Rires. C’est une vidéo à la qualité audio assez basse mais ce n’est pas gênant, avec des flous pas artistiques et des ratés de cadrage qui seraient les bienvenus s’ils étaient soutenus par une intention esthétique, pas ici. C’est une vidéo qu’un artiste musicien conceptuel pourrait détourner, en isolant les rires, en les remixant, en diffusant le résultat dans un espace d’exposition énorme et vide, dans une biennale, triennale, une fondation, et en tirer, immodérément, une certaine aura. Ou pas. C’est une vidéo avec beaucoup de vues, d’abonnés, de coucous et de bisous, quatre mots au cœur de la fin de l’histoire, réduite à l’idée de béatitude, d’envies d’avoir envie, de rires immodérés. C’est une vidéo, elle est stockée sur un disque dur dans la banlieue de Montréal au Canada ou aux environs de Covilhã au Portugal, à côté de milliers d’autres disques durs, dans un data center à la capacité de 30 pétaoctets, consommant autant d’énergie qu’une ville de 100 000 habitants. C’est immodéré. C’est une vidéo, peut-être regardée en ce moment même par 100 000 personnes, connectant leurs envies de rires et de surprises pas surprenantes en une force symbiotique transformant le monde, une sorte de super-pouvoir bien réel. C’est une vidéo, c’est une armée, c’est une force d’intervention rapide. C’est une vidéo et le père montre en gros plan un petit dépliant avec les six surprises de la série, il n’est pas économe en wah ! youpi ! génial ! on l’a pas ! C’est une vidéo, c’est brut de décoffrage, c’est un non-style, captivant, déployant sur le territoire des envies de confiseries contenant de petits jouets en kit qui, une fois montés, perdent instantanément leurs fonctionnalités premières pour se retrouver dans une vitrine de collectionneur ou dans une poubelle, c’est selon. C’est une vidéo, c’est un rendez-vous, cela dure depuis des années, les rires rythment la séquence, bercent les années qui défilent aussi vite que des pétaoctets transitant sous les océans. C’est impressionnant. C’est une vidéo historique, un documentaire, il sera difficile à déchiffrer pour une société future, c’est un cercle carré, se diront-ils sûrement.

Le texte Une supérette à été monté par le Groupe Merci. ->>>

Plusieurs textes de Golden Hello ont été joués sur scène dans le projet HYPOGÉ ->>>

Livres

Kill David

sous-titré : La légende David Carradine, éditions Philippe Rey, 192 pages, 2010.

David, c’est Petit Scarabée dans les soixante-trois épisodes (soixante-deux plus le pilote) de la série Kung Fu la légende du dragon diffusée aux États-Unis entre 1972 et 1975 (en France, Petit Scarabée guidera toute une génération de bambins et d’adolescents à partir de 1974). David c’est une carrière d’acteur très riche aux centaines de films multigenre. David, c’est Frankenstein dans le cultissime et dystopique La Course à la mort de l’an 2000. David, c’est des périodes top, sombres, des come back, des moments où il dit Yes à tout. David, c’est le retour de Petit Scarabée dans les années 1990. David, c’est Bill dans les deux volumes de Kill Bill de Quentin Tarantino ; de grands rôles, David en manquait terriblement. David, c’est enfin une mort intrigante à Bangkok, « accident auto-érotique », matière à gloser pour les tabloïds du monde entier. David c’est surtout l’occasion de parler à la fois de cinéma, de série B, de kung fu, de sexe, de bolides, d’histoire et de philosophie bouddhiste. David, c’est tout un programme.

Livres

Programme

éditions du Mac/Val, 60 pages, 2010.

« Entre le jeu dont vous êtes le héros et une critique acerbe de cette société capitalistico-post-moderne, l’écriture et le récit d’Éric Arlix créent l’angoisse et rencontrent les préoccupations de l’artiste Simon Starling. L’artiste ne cesse de raconter la brutalité du réel et, par une forme de récit plastique, dénonce cette brutalité mais offre dans le même temps une échappatoire poétique. Éric Arlix fait fonctionner identiquement son récit. Entièrement à la deuxième personne du singulier, la prose vive et rapide nous mène en enfer, dans un univers aveugle où l’individu perd toute notion identitaire, où certains détails révèlent un peu de drôlerie tout en nous gardant dans une grande inquiétude. Le programme n’est pas modifiable ; mais la pensée du lecteur est à l’oeuvre devant l’idéologie qui forge ce texte. Lecteur, tu auras peur après lecture. Parce que tu entendras dans quel monde tu vis. »

Collection Fiction du musée d’art contemporain de Vitry sur Seine (Mac Val) consistant à commander à un écrivain un texte de fiction sur le travail d’un artiste exposé au Mac Val, en l’occurrence l’artiste Simon Starling.

Adapté au théâtre en 2017 par le Groupe Merci >>>

Adapté en installation en 2011 par Nicolas Lespagnol-Rizzi >>>

Extrait

C’est là.
Gare ton 4×4 devant le perron
à côté de la Fiat 500.
Une fois franchi le pas de la porte
tu déposeras ton petit sac toilé à l’endroit
qui lui est réservé.
Ne t’attends pas à entendre retentir
une sonnerie, ici il n’y a pas d’horaires.
Ta capacité à désirer apprendre en sera décuplée.
Tu t’attaqueras à un escalier massif imposant le poids de la tradition.
Chaque marche confirmera ton ascension par un effet sonore.
Ta main glissera sur la rambarde.
Arrivé, tu opéreras sans doute une rotation de 90 degrés antihoraires pour admirer le hall.
Tu accrocheras ton petit blouson et rangeras tes espadrilles dans le casier.
Tu te dirigeras vers la porte semi-ouverte qui te fait face.
Le sol en marbre te semblera terriblement froid,
imagine juste que tu remontes un torrent.
Un long couloir surchargé d’objets vitrinés t’intriguera lors de son franchissement.
Tu en détailleras certains,
tu seras sans doute intrigué par d’autres.
Sache que tu peux rester dans cette salle autant de temps que tu le souhaites, il n’y a pas,
ici, d’horaires, rappelle-t-en, et ta capacité à désirer apprendre en sera décuplée.
Quand tu décideras de sortir de ce couloir tu emprunteras un escalier en pierre reconstituée.
Quelques meurtrières fourniront le minimum de lumière nécessaire.
Arrivé tu profiteras d’une balustrade pour t’y appuyer, admirer le paysage,
reprendre ton souffle, t’interroger assez longuement.
Surtout, profite.

Livres

Le Guide du démocrate

Co-écrit avec Jean-Charles Massera, sous-titré : Les clé pour gérer une vie sans projet
éditions Lignes, 96 pages, 2010. ->>> livre sur le site des éditions Lignes

L’objet de cet essai à quatre mains est d’initier la critique du «démocrate» contemporain par le moyen même de la langue dont il fait usage. Le Guide du démocrate est un ouvrage sur la démocratie vue par ceux et celles qui la vivent. Bienvenue dans une époque de l’indice, du sondage et des prévisions comme représentations ultimes, du caddy malin, du lavage de cerveau rigolo, de l’émotion sur commande, de la pulsion en promo partout, des projets personnalisés comme cadre, du coaching pour pas trop sombrer quand on commence à être largué et d’un marché de l’emploi soumis à des flux super-tendus et super-brutaux comme ambiance, le tout dans la terreur de faire partie de la vague de septembre.

Extrait

Délocalisations, obligations de résultats et taux de suicide : Objectif thunes En ces temps de compression des effectifs, de relocalisation des compétences et de hiérarchisation des spécialisations territoriales, les démocrates savent plus que jamais que le travail n’est pas un acquis mais une chance [écoute, t’as déjà un boulot, estime-toi heureux], plus une fin mais simplement un moyen de gagner sa vie [ouais mais bon la paye c’est pas la même]. Bien loin le rêve d’un CDI permettant au démocrate de se couper du reste de la communauté à crédit dans sa maison individuelle personnalisée, son monospace au comportement d’exception et derrière son écran super large super plat. Aujourd’hui le démocrate ne lutte plus seulement pour décrocher un travail mais aussi et surtout pour le garder [En même temps si j’le fais pas ils trouveront toujours quelqu’un d’autre qui acceptera, c’est ça l’problème]. Condamné à subir en permanence les injonctions de la culture motivationnelle libérale (même pour un travail d’esclave jouissant d’une image proche de zéro), à positiver du matin au soir des orientations et des objectifs (dont le sens échappe souvent à tout entendement pourvu d’un minimum de distance critique), le démocrate accepte de faire de la conjoncture et de l’obligation de résultats les seules coordonnées de son existence professionnelle.